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 Vous avez sûrement déjà vu la photo Violon d’Ingres (Une femme nue de dos avec un dession évoquant les formes d’un violon), et vous pensez peut-être bien connaître Man Ray?

Man Ray, un personnage haut en couleur

Man Ray (version américaine et raccourcie de son vrai  nom Emmanuel Radnitsky) est né en 1890 à Philadelphie. Issu d’une famille immigrée russo-juive, il passe la plus grande partie de sa jeunesse dans le quartier de Brooklyn à New York. Peintre à l’origine, il vient à la photographie parce qu’il n’est pas satisfait des photos prises de ses tableaux.

Il fonde avec Marcel Duchamp la branche américaine du dadaïsme à New York. Nul n’étant prophète en son pays, il quitte les Etats-Unis en 1921 pour s’installer à Paris, où il est immédiatement adopté par l’avant-garde parisienne et devient partie intégrante du mouvement surréaliste, au côté d’André Breton et Tristan Zara. Il s’installe à Montparnasse et tombe amoureux du mannequin Kiki de Montparnasse. C’est là qu’il révolutionne l’art de la photographie pendant plus de vingt ans.

Personnage haut en couleur, il s’indigne un jour sur la question d’un journaliste qui lui demande sa date de naissance. « C’est dans tous les livres. Si vous êtes trop paresseux pour faire des recherches, je serai trop paresseux pour répondre à votre question».

L’art africain, de l’ethnographie confidentielle à la popularisation dans les mass medias

Auparavant réservé aux musées d’ethnographie ou d’histoire naturelle, l’art africain s’installe dans une galerie d’art pour la première fois, en 1914. Présenté sur des piédestaux et non comme dans des spécimens en vitrine, l’art africain s’affiche pour sa seule valeur esthétique et sans aucune explication sur son utilisation originelle.

Une exposition au Musée d’art moderne (MOMA), African Negro Art, en 1935, vient consacrer l’art africain. Walker Evans, photographe très connu aux Etats-Unis pour avoir dépeint la Grande dépression, réalise un reportage photo de cette exposition. La photo n’est encore considérée que comme un moyen technique de représenter la réalité, et non une forme d’art à part entière. Les artistes de la Harlem Renaissance s’inspireront de ces photos, à l’instar de Loïs Mailou Jones, dont la peinture cubiste représente un masque exposé au MOMA.

Man Ray entre en scène dans les années 30, lorsqu’un collectionneur danois, Carl Kjersmeier, lui demande de réaliser des photos de sa collection d’art africain. La photo n’est encore qu’un media considéré neutre pour mettre en valeur la collection d’objets originels. Mais, c’est l’âge de la reproduction mécanique qui permet à l’art africain de devenir connu d’un plus large  public, et plus seulement des connaisseurs qui fréquentent musées et galerie.

La photo devient un art en soi et l’art africain est utilisé dans le mouvement surréaliste, comme le montrent les photos de Man Ray, mais aussi de photographes d’avant-garde tchécoslovaques, allemands et britanniques.

L’art africain entre dans l’ère des mass medias et est définitivement popularisé lorsque Man Ray publie dans Vogue Noire et Blanche, une photo représentant Kiki de Montparnasse avec un masque africain. L’art africain inspire la mode, à l’instar de Lilly Daché, modiste française qui a fait carrière à New York, et dont les chapeaux s’inspirent visiblement de l’art africain.


Crédits photographiques:

1. Man Ray, Simone Kahn (with Vanuatu male figure, eastern Malekula), vers 1927. Modern print. Collection of Edmunde Treillard. © Man Ray Trust / Artist Rights Society, NY / ADAGP, Paris

2. Man Ray, Mode au Congo (comtesse de Saint-Exupéry). 1937. Gelatin silver print. The Baltimore Museum of Art. Photo: Mitro Hood. © Man Ray Trust / Artist Rights Society, NY / ADAGP, Paris

3. Man Ray. Noire et Blanche, 1926. Gelatin silver print. The Baltimore Museum of Art. Photo: Mitro Hood. © Man Ray Trust / Artist Rights Society, NY / ADAGP, Paris


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