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Le mouvement Nappy fait déjà parler de lui en Europe. Voilà qu’il gagne à présent nos côtes. Cependant, ce n’est pas qu’un phénomène de mode. Bien au contraire, la coupe afro c’est l’affirmation d’une identité longuement refoulée.

Jadis considérée comme marginale, la coupe afro revient en force. Si beaucoup l’adoptent pour être à la mode, d’autres choisissent cette coupe pour affirmer leurs origines. À Maurice, le collectif Frudge’Hair a même vu le jour pour encourager les Mauriciens à laisser parler leur chevelure crépue.
Pour Anouchka Massoudy, chef de projet du collectif, il était grand temps de valoriser ceux qui avaient les cheveux frisés. « Pendant des années, les codes de la société ont fait croire à la communauté noire que pour être belle, il fallait avoir des cheveux droits. Du coup, nombre de personnes ont eu honte de leurs chevelure. C’est là qu’a débuté la grande ruée vers les salons de coiffure pour se faire défriser. Mais à présent, il y a un grand retour au naturel. D’où la naissance de notre collectif. »
Cependant, le mouvement est conscient qu’il ne pourra pas changer la mentalité du jour au lendemain. « Notre but est de redonner de l’assurance à ceux qui ont les cheveux crépus. Nous sommes là pour les encourager à assumer pleinement leur identité. Mais au final, tout le monde est libre de faire ce qu’il veut. »

Nappy girl

Nappy girl

Dans ce contexte, le collectif a tenu sa première campagne de sensibilisation, samedi dernier, à l’Apocalyse Grill and Bar. « L’évènement a permis à ceux qui ont les cheveux crépus de découvrir une panoplie de produits bio qui facilitent la vie au quotidien. Les participants ont aussi bénéficié de conseils. Mais la priorité était de créer une vraie communauté nappy à Maurice. À terme, notre ambition est qu’aucun salon ne propose à ses clients de se faire défriser les cheveux. »
Entretien facile
Par ailleurs, quand on parle de nappy, il faut aussi briser un autre mythe : celui de l’entretien difficile. Ce n’est pas Annaëlle Firmin, également membre du collectif, qui dira le contraire. « J’avoue que, dans le passé, c’était assez difficile de trouver les bons produits entre Rs 60 et Rs 2 000 pour entretenir des cheveux crépus. Aujourd’hui, il existe plusieurs produits qui facilitent l’entretien d’une chevelure afro. Mais, je ne cache pas qu’il faut tout de même une dose de patience. »
Pour prouver qu’on peut être beau avec des cheveux crépus, Annaëlle va jusqu’à donner une petite astuce beauté. « Je recommande un lavage tous les trois jours. Mais il faut veiller à ce que les cheveux soient correctement hydratés pour que les boucles soient bien définies. Pour cela, les produits à base de l’huile de coco sont très efficaces. »
Et la coupe afro ne concerne pas uniquement les femmes. Les hommes s’y mettent eux aussi. à l’instar de Hermann Sophie qui a choisi d’adopter cette coupe il y a huit mois. D’emblée, il concède que ce n’est pas une coiffure très évidente à porter. « Certains membres de ma famille comprennent. D’autres, comme ma grand-mère, me disent tout le temps : ‘Hermann tay sa seve la pou to fer zoli garson.’ »
C’est un commentaire qu’il entend aussi régulièrement sur son lieu de travail. « Pour le moment, je joue un peu au chat et à la souris avec mon patron. Je suis obligé de porter une casquette pour ne pas attirer son regard. Outre les regards, cette coupe attire aussi beaucoup de commentaires désobligeants. N’empêche que j’ai fait un choix que j’assume pleinement. »
Malgré ces petites persécutions, Hermann entend bien garder sa coupe pour le meilleur et pour le pire. « Ma coupe afro est un symbole de rébellion pour rejoindre un peu la mouvance révolutionnaire des Black Panthers en 1966. Alors, qu’il pleuve ou qu’il vente, je la garderai. »
Fanio Guillaume, moins revendicateur, estime que sa coiffure afro n’est rien d’autre qu’un style naturel. « Je ne revendique rien. Je n’affirme pas non plus quoi que ce soit. Ce n’est pas une coupe rebelle ou hors-norme ; elle est naturelle, c’est ainsi qu’elle pousse et fleurit. Disons que c’est une forêt vierge », lance le jeune homme sur le ton de la plaisanterie.


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